Et puisque mes amious les plus érudibes, les ounes et les autres engagébes dans divers projets, délaissèrent l'idée d'une écriture inclusive alternative, je décidai d'y réfléchir et de proposer une solution qui pût être employée par toube oune chacoune.

L'écriture inclusive, c'est très bien : c'est inclusif, et ça permet à la langue de gagner en précision.
J'aime l'idée de l'écriture inclusive.
Mais je n'aime pas l'écriture inclusive telle qu'on nous la propose actuellement, c'est-à-dire celle qui se construit avec le point médian et la jonction du masculin et du féminin.
Non, elle m'a toujours posé problème pour trois raisons :

  1. Elle est compliquée à écrire. Le point médian il est pas sur les claviers (il faut faire Alt+0183 pour l'obtenir, bon courage compte tenu de sa fréquence d'utilisation). Je vois venir ceux qui diront que l'on peut remplacer à l'usage les points médians par des points classiques : si vous commencez déjà à dévoyer les règles alors que nous venons à peine de commencer, c'est bien la preuve que quelque chose ne va pas.
    Les jonctions du masculin et du féminin ne sont pas toujours évidentes à trouver non plus. Vraiment je ne me verrais pas l'enseigner à des collégiens en difficulté. Les mots deviennent terriblement longs à l'écrit, les phrases s'étirent déraisonnablement et il est compréhensible qu'elle soit détestée pour ces raisons.
  2. Elle n'est pas équivalente à l'écrit et à l'oral. On ne prononce généralement pas les mots en inclusif, même si j'ai récemment remarqué que certains parmi les plus courageux s'y risquaient. L'oral aime la rapidité, et l'écriture inclusive actuelle, comme on l'a vu, c'est tout le contraire de la rapidité. Et cette non équivalence a pour conséquence de rendre l'écrit plus difficile, puisqu'on ne peut pas le deviner en écoutant quelqu'un parler ou en prononçant les mots dans sa tête.
  3. Elle est peu esthétique car d'une lourdeur certaine, elle donne des mots longs et hachés. C'est qu'ici, nous aimons les belles choses. Certes, l'esthétique est un paramètre hautement subjectif. Mais je crois pouvoir dire sans trop m'avancer qu'on préférera éviter le plus souvent les syllabes doublées ou les mots inutilement très longs. Par ailleurs, j'aime me déclarer arbitre de ce qui est beau et ce qui ne l'est pas, et par mon pouvoir j'ai décrété que cette écriture n'était pas belle. C'est comme ça.

Après de longues hésitation et d'interminables tâtonnements, voici donc venir...

° L'écritou inclusibe !! °

perso confus

L'écritou inclusibe est un projet d'écriture inclusive qui cherche à s'appuyer sur les critères suivants :

  1. la simplicité de construction
  2. l'équivalence de l'écrit et de l'oral
  3. la rapidité à la prononciation orale comme à l'écrit
  4. la sonorité qui ne doit sembler ni masculine ni féminine, la construction qui ne doit pas laisser l'un des deux genres l'emporter
  5. la modification du moins possible de règles du français

Je m'en vais donc de ce pas vous en énoncer les règles, car il y en a peu. L'écritou inclusibe repose sur trois piliers :

1) La terminaison du neutre pour les noms, pronoms, adjectifs démonstratifs et articles sera le -ou.

Pourquoi le -ou?

J'ai pas mal tergiversé.
Le -ou cumule beaucoup d'avantages :

Par ailleurs, il est esthétique et mignon, ce qui lui donne un avantage affectif certain. smiley lunettes
De plus, le mignon n'est généralement pas rattaché au masculin dans l'imaginaire collectif.
J'ai aussi pas mal pensé à emprunter le -um neutre du latin, mais en français, les mots finissant par -um sont masculins (aquarium, atrium, décorum...), je l'ai donc éliminé.
Le -i était un bon candidat mais, en Français, les mots finissant par -i et non -ie évoquent le masculin, il faut donc le jeter.

Peut-être est-ce grâce aux prénoms Lou, Lylou, Marylou, à l'actrice Miou-Miou ou aux nounous, mais je trouve que le -ou est plus polyvalent, n'évoque pas précisément la masculinité (et même s'il y a quelques mots féminins en -oue avec un e comme joue ou moue, la terminaison -oue est quasi absente de la langue française), d'où mon choix. Dans la langue française, le -ou sans e penche plutôt du côté masculin, mais si je tiens compte des prénoms francophones, on a une majorité large côté féminin... C'est pas mal.
Ça donne au final une terminaison assez peu genrée, la moins genrée que j'aie pu trouver en restant courte (pas de consonne). Le -ou l'a emporté plus ou moins par élimination, il n'est pas parfait mais son charme n'est pas négligeable.

Note sur le pluriel

Au pluriel, on garde la règle habituelle et on met un s. Les mots dont le pluriel est en -oux sont des exceptions, or on choisit d'éviter au maximum les exceptions.
Lorsqu'un pluriel est non genré (ce qui est souvent le cas pour les articles, comme "des" ou "les"), on le laisse tel quel.

Nous aurons donc :

Pronoms

Pronoms personnels :
Il / Elle → Oul
Ils / Elles → Ouls
Pronoms toniques :
Lui / Elle → Loul
Pronoms possessifs :
Sou / Ses (on garde le pluriel "ses" habituel non genré) (J'attire votre attention sur cette subtilité délicieuse : dans l'écriture inclusive actuelle, le "iel" est le pronom neutre, mais il sonne comme un mélange du masculin et du féminin, c'est sans nul doute le but; or, le neutre n'est pas à la fois masculin et féminin, il n'est *ni* masculin *ni* féminin. Oul permet cette subtilité face au iel !)

Articles et adjectifs démonstratifs

Articles définis :
Lou / Les / L' (on garde Les et L' qui ne sont pas genrés)
Articles indéfinis :
Oune / Des (on va éviter "Oun" car aucun mot en français ne se termine ainsi et sa prononciation se ferait à l'anglaise à moins de donner un résultat bizarre de type "o-ain")
Adjectifs démonstratifs :
Ce / cette → çou (on garde le pluriel "ces" habituel non genré)

Construction des noms

Pour construire nos noms, nous allons garder les mots à l'identique jusqu'à la première lettre qui varie entre le masculin et le féminin.
(Pourquoi pas le radical ? Parce que connaître le radical exige parfois une maîtrise pointue de la langue, alors qu'il est beaucoup plus facile pour un néophyte de savoir où commence la différence entre les terminaisons masculine et féminine.)

Par exemple :

  • un acteur / une actrice → oune actou.
  • des amis / des amies → des amious (on garde "des" tel quel, qui n'est pas genré).
  • des abrutis / des abruties → des abrutious
  • les créateurs / les créatrices → les créatous

Remarque : pour aller au bout des choses, les plus motivés d'entre vous peuvent "neutraliser" un nom n'existant qu'au masculin ou qu'au féminin en transformant sa dernière syllabe : un bébé non binaire ? C'est oune bébou ! smiley batman

2) La marque du neutre dans les adjectifs, les participes passés et tout le reste sera -be

Pourquoi -be?

J'ai étudié le maximum de syllabes possibles, mais -be m'a paru être le meilleur candidat (je dirais même : lou meilleurbe candidabe, car je ne voudrais pas mégenrer une syllabe !).
Il y avait plusieurs contraintes ici:

-pe était une terminaison candidate qui remplissait les critères, mais -be est plus léger, plus facile à prononcer et infiniment plus esthétique, qui nous permet aussi, comme vous allez le voir, d'inoubliables terminaisons en -ambe/-imbe/-ombe qui en font une gagnante incontestable : elles sont à la fois déjà existantes en français et suffisamment rares pour ne pas créer de confusion, tout en étant parfaitement exquises.

On construira nos mots de la même façon que précédemment, en les coupant à partir du moment où le masculin et le féminin se distinguent, et en plaçant notre -be, en veillant à trois choses :

  1. lorsqu'un n se trouve juste avant, on le transformera en m, comme toujours en français
    (grand/grande → grambe et non granbe) - pour la suppression du d, voir ci-dessous au 3).
  2. lorsqu'un e se trouve juste avant, on le transformera en è (qu'il soit déjà accentué ou non), pour éviter des problèmes de prononciation et de confusion (beau/belle → bèbe et non bebe).
  3. lorsqu'il y a une double consonne muette ou double voyelle, on la supprime. On n'écrira donc pas "petitbes" mais "petibes" et non pas "grandbes" mais "grambes". Non pas "héroou" mais "hérou".

À partir de là, la construction devient assez facile :

  • Les passageous sont devenubes fobes (les passagers sont devenus fous, en neutre, notez qu'ici on aura ajouté un e devant le ou pour maintenir la prononciation du g en "j")
  • Çou petibe cochou est vraiment adorable (très utile pour les cochons non binaires qui j'en suis sûr sont nombreux, notez ici que "adorable" reste inchangé puisqu'identique au masculin et au féminin ; notez aussi ce tout à fait grâcieux c cédille majuscule).
  • Les amourous des animaux sont réjouibes à l'idée de pouvoir adopter oune pieuvre domestique (remarquez qu'ici j'ai choisi de désigner la pieuvre avec un article neutre, et que pieuvre et domestique restent inchangés puisqu'identiques au masculin et au féminin).

3) La règle de l'économie est prépondérante

Afin de ne pas alourdir les phrases, nous allons devoir complexifier légèrement la règle.
Car voici le problème : un mot comme président / présidente devient présidentou (et pas présidou attention, parce que le masculin et le féminin sont identiques jusqu'au t). Il y a une syllabe de plus, c'est plus long à prononcer.
Or c'est ce qu'on cherche à éviter.
Nous allons donc établir que :

Lorsque le mot devient plus long en nombre de syllabes en neutre qu'en masculin et féminin, on choisira de basculer sur la terminaison -be expliquée précédemment plutôt que sur -ou.

Cette règle complexifie un peu notre système, mais il faut imaginer qu'une langue se parle et que les mots concernés seront rapidement identifiés et deviendront habituels, ils seront manipulés sans hésitation.

Exemples :

  • Mon copain le Français → Mou copou lou Françaibe.
  • Mes amis sont des champions → Mes amious sont des champiombes (notez cette délicieuse terminaison en -ombe ! et attention, amis reste amious et non amibes, parce que -iou est une syllabe unique et non deux. On dira donc "oune amiou, oune ennemiou".
  • Elle est partie me chercher des cigarettes chez ses voisins → Oul est partibe me chercher des cigarettes chez ses voinsimbes (cette terminaison en -imbe ! Quel régal !)
  • Tu vas devenir président et tu seras détesté de tous les Français → Tu vas devenir présidembe et tu seras détestébe de tous les Françaibes !!
  • Mon professeur/Ma professeure → Mou professeube (et non ma professeurou, ce qui serait vraiment trop long).

Afin de garder le système accessible aux plus médiocres d'entre nous, je propose de dire que la règle de l'économie est préférable mais facultative.
On pourra donc dire "oune chatou" au lieu de "oune chabe" (pour un chat non binaire), et "lou présidentou" au lieu de "lou présidembe" si on y tient. On pourra aussi choisir d'ignorer la règle de l'économie pour éviter des répétitions de terminaisons lorsque l'on s'emploiera à écrire de la belle littérature (vivement le Seigneur des Anneaux avec Gollum et Sauron en écritou inclusibe).

CAS PARTICULIERS

Il y a toujours des cas particuliers, j'y peux rien, c'est la langue elle est ainsi. Heureusement j'ai l'impression qu'ils sont soit rares, soit simples à régler. Autant que possible, on continuera d'appliquer les mêmes règles :

  • Lorsqu'un mot est trop court pour que ça marche, on choisira -èbe comme terminaison.
    Exemple : roi/reine. Il faut couper juste après le r. Si nous disons "rou", il y a confusion avec le mot roux. Nous dirons donc rèbe.
    Agenouillez-vous devant lou rèbe.
  • Lorsque la dernière lettre avant la coupure est un o dans un nom, nous le gardons et terminons avec un u pour faire le son "ou".
    Exemple : héros/héroïne → je coupe à "héro" et j'ajoute un simple u. Donc, oune hérou plutôt que oune héroou.
    Aimez-vous les hérous non genrèbes !?
  • Lorsque la dernière syllabe commune ne diffère que d'un accent sur le e, on tient compte de cette différence.
    Exemple : ouvrier/ouvrière devient ouvriou (et non ouvrierbe), infirmier/infirmière devient infirmiou.
    En revanche, cher/chère (celui de "cher monsieur" ou "chère madame") devient bien cherbe (on retire l'accent) car il s'agit d'un adverbe, il obéit donc à la règle du -be.

  • Lorsque le féminin est équivalent au masculin avec uniquement des lettres en plus (comme peintre / peintresse ou devin / devineresse), on applique les règles habituelles. Nous dirons donc peintrou (on enlève le e muet) et devinou. Ils sont plus longs que le masculin, mais plus courts que le féminin donc la terminaison en -ou est adaptée.
    Sus aux traîtrous !
  • Lorsqu'un nom finit déjà par ou, on garde la règle habituelle.
    "Les fous sont sortis" : fou/folle → on garde fo + ou → on supprime le double o, ça donne fou. On utilisera ici la seconde règle à la place de la première, c'est-à-dire la règle du -be afin que le neutre ne soit pas identique au masculin.
    Les fobes sont lâchèbes !
  • Pour un maximum de simplicité, les mots construits avec "un/une" utiliseront "oune" qui est le neutre rattaché, au lieu de fonctionner avec la règle du -be (on aura donc "chacoune" et "quelqu'oune" au lieu de "chacumbe" et "quelqu'umbe").

gif ballons

Voilà, facile (j'espère), fonctionnel à l'oral comme à l'écrit, bien intégré, gracieux et mignon à la fois.

Bien entendu, ce projet est encore jeune et a de fortes chances d'évoluer en fonction de vos remarques et objections, j'ai essayé de penser au maximum de choses, mais ce n'est pas évident.
N'hésitez pas à employer dès à présent l'écritou inclusibe pour lou mettre à l'épreuve en situation réelle !

Le conseil du pro : ne pas hésiter à combiner l'écritou inclusibe avec le futur du subjonctif pour un vrai succès en soirée mondaine !

Faudra-t-il que vous m'inviterassiez avec vos innombrables voisimbes pour que je pourrasse admirer votre décoration intérieure, très cherbe lectou amatou des arts les plus nobles ? smiley frog

Lectous et écrivaimbes du monde entier, toubes ensemble pour oune langue plus bèbe ! smiley sriden